Lundi. Tu es appelé à un renfort d’équipe pour participer à la mise en rayon du magasin. Les horaires communiqués par l’agence d’intérim : 6 h 30 10 h 30. Une nouvelle mission commence.
« Je rêve de boucles infinies » dit Nicolas pour lui-même.
À cette heure c’est lui le chef du magasin. La plus belle vue du supermarché c’est en haut depuis les bureaux, après l’escalier de fer en colimaçon. Métal noir. Les clients ne vont jamais là. Nicolas aime se poster ici, très tôt.
Plus imposant que devant n’importe quel pittoresque, Nicolas embrasse ici une vue panoramique sur l’ensemble du supermarché, les rayons étalés et disposés en plongée depuis l’alignement des caisses à droite jusqu’aux surgelés à gauche, couleurs vives atténuées sous les néons blafards tout à l’heure, à 5 h 15 du matin quand ton réveil venait tout juste de sonner.
Il faudrait faire une photo de ce que voit Nicolas et il faudrait être peintre pour témoigner de ça.
Toi. Tu as pris ta petite voiture pour venir ici, longé le fleuve, emprunté la route qui serpente dix minutes dans la petite campagne bretonne. Tu as attendu un peu dans la voiture avant d’aller saluer les collègues, tu n’aimes pas être en retard.
Ensuite odeurs d’après-rasage et de premières cigarettes mêlées. Café-machine-bonjour. Tu croises le regard de tes collègues qui ne savent pas ton prénom et tu ne connais pas les leurs. Franchement, ce n’est pas grave. Franchement, ça ne compte pas dans le monde tel qu’il est.
Phrases incomplètes, presque pas de sujet-verbe-complément. Cigarettes et volutes dans le matin brumeux pile-poil devant le bardage métallique et l’enseigne lumineuse. Il ne fait pas encore jour. Tu sais exactement pourquoi tu es là. Ce qui t’a conduit ici. Pour quelles raisons épineuses.
C’est l’heure. Justement, tu croises le regard de Nicolas, ton chef, en montant l’escalier en métal et lui qui descend. Nicolas encadre les intérimaires. Bonjour. Bonjour. Tu laisses au vestiaire ta petite veste perso. C’est ici que tu enfiles le tee-shirt de la boîte avec logo bleu et rouge. Le C au milieu ne se déduit visuellement que par contreforme. Tu déduis que le graphiste qui a inventé ça est génial. Tu ne conserves pas trop longtemps cette idée en tête.
Nicolas prend les noms. Note sur un petit carnet. Dit ce qu’il faut faire. Distribue des cutters.
Même s’il est un salop, en dehors du boulot Nicolas trouve le moyen d’avoir et d’entretenir un rapport sensible avec lui-même. Il lutte pour sa survie et donc vous comprenez. Nous comprenons que parfois faut pas le chercher longtemps. Nous en reparlerons.
Tu te mets au travail avec les autres. Tu ranges la marchandise en rayon. Tu te sers des codes-barres pour retrouver les emplacements. Tu fais la rotation. Les nouveaux produits devant, les anciens derrières. Comme ça pendant quatre heures, par groupe de deux. Chaque rayon commencé à son extrémité, on se rejoint au milieu et on reprend un nouveau rayon. Un employé du magasin avec un intérimaire. Déballage des cartons, cutter. C’est pas compliqué. Tu es accroupi la plupart du temps et tu travailles avec Francette. Francette est gentille et travaille ici depuis vingt ans. Soudain vers 9h30 tu t’aperçois que Francette à de la moustache. Un peu. Uniquement sur le côté droit.
Dans la voiture, tard le soir, Nicolas met ça :
Dans la voiture, tard le soir, Nicolas met ça :
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