Facing Le facing est un terme de merchandising désignant le nombre de produits faisant directement face au consommateur sur un ou plusieurs niveaux d’un linéaire dans un point de vente. Ainsi, si 50 produits sont initialement implantés en rayon sur 5 rangées, la frontale est de 5 produits. Le facing se mesure généralement en nombre de produits / packaging ou en centimètres linéaires. Le facing accordé à un produit influence sa visibilité et joue évidemment un rôle important dans son potentiel de commercialisation. Les marques cherchent donc à obtenir des facings importants en linéaires.
« Bon les gars vous prenez votre pause maintenant et après vous faites le facing vite fait ». T’entends ? Alors tu montes à l’étage, pour récupérer tes clopes dans le placard métallique au vestiaire après l’escalier en fer. Tu écartes un peu le petit gilet « Puis-je vous aider ? » de Christelle sur le cintre pour ne pas faire tomber la pile de vêtements. Tu sors fumer avec Stéphane, toujours enjoué. En redescendant, tu croises le Bison et Nicolas qui te frôlent et s’engouffrent comme des spectres dans le bureau du Bison. Conseil de guerre, on dirait.
Je voudrais te voir cinq minutes dans mon bureau. O.K.
Nicolas renseigne le Bison. Concours de regards de biais dans le petit bureau du Bison. Ils se flairent, deux singes sournois et c’est vieux comme les rues. Fascinant d’observer leur manège et leurs contournements. Long silence entre les deux. Soudain, petit bing signifiant du téléphone portable offert par la boîte. Besoin de recharger les batteries. Nicolas aussi voudrait recharger ses batteries. Cernes sous les yeux cireux comme un lundi.
Le Bison garde les yeux fixés sur son petit carnet rhodia orange. Il avait prévu de tout noter dedans, mais là, avec Nicolas, il ne voit pas comment faire. Il ne sait pas comment il va s’en tirer. Ce sentiment toujours d’être à côté de la plaque, en ce moment. Il ne sait pas quoi dire non plus à propos Noël qui approche. Il est question de la redéfinition de l’espace du magasin en vue des fêtes de fin d’année et de nouvelles directives imprécisément énoncées par le siège. Le cirque habituel. L’autre jour, à Rennes, pendant la réunion avec les grands pontes, Le Bison pensait tout le temps au vernis multicolore sur les ongles de sa fille de 10 ans et à sa femme qui ne l’attends plus depuis longtemps, l’esprit ailleurs. Il devrait faire gaffe à ça, à sa névrose autant qu’aux marques qui font du rentre-dedans pour imposer leurs produits.
Nicolas se tient près de la fenêtre, depuis le bureau du Bison, qui donne sur le rond-point, comme souvent debout et immobile, il tourne le dos au patron. La chemise blanche d’été dépasse un peu du pantalon. Nicolas perd régulièrement du poids depuis trois semaines environ et se néglige un peu.
Et puis il y a cet homme, de l’autre côté de la route, qu’il voit tous les matins depuis cette même fenêtre, tous les jours à la même heure posté là, devant le camion de pizzas. Un zombie. Il se demande si ça ne serait pas un fantôme ou quoi : il attend quelque chose ou quelqu’un, on dirait. Nicolas irait bien faire un tour dans la campagne qui commence juste après le magasin, ou bien se réfugier dans les nombreux rochers de Poulgoazec avec sa fiancée restée à Paris (Nicolas vit chez maman, en attendant). Mains dans les poches, il serre et tripote entre ses doigts trois de ces jetons en plastique laiteux qui servent à débloquer les caddies. Il observe les autos qui ralentissent et calculent leur trajectoire avant de s’engager franchement sur le rond-point, juste devant le zombie. C’est vraiment mal foutu par ici, un vrai sac de nœuds. Double de moi-même, ce type en blanc. Ça amuse Nicolas de penser ça. Tout le temps des travaux dans la rue. J’irai bien faire un tour, c’est vrai. Pour me changer les idées.
Clientes qui passent sur le parking en bas. Jeunes mamans. Jupes courtes scannées par Nicolas tellement prévisible. Nicolas voudrait boire de l’électricité et se contentera de Red Bull pour aujourd’hui. Midi. Il pense aux dindes du rayon boucherie. Il a faim. Caddies près du parking, dont un solitaire, complètement désossé et mort, cage vide pattes en l’air sans roues aux abords du magasin, près du champ de maïs ou se cache ce chevreuil aperçu terrorisé la nuit dernière, prisonnier dans les phares de ta voiture. Après le magasin, quand on prend la route de ton village, c’est tout de suite la campagne. Il y a ces renards qui viennent marauder près du magasin ou ça pue. Un grand bonheur. Je n’aime pas les chasseurs, se dit Nicolas, mais je mange de la viande avec plaisir.
Il imagine la nuit les orgies animales passées dans les poubelles. Il imagine, là, débouler sur le parking à trois heures du matin quand tout est calme, les chevreuils, les renards, les mulots, les campagnols, les blaireaux, les belettes, mais aussi les chiens et les chats en guest-stars domestiques et racailles. Tous museaux fouissants dans les containers dérisoires, dans la barbaque pourrie Lewis Caroll 2.0. Déchirants les paquets périmés de jambon supérieur Monique Rannou + deux tranches gratuites comme les steacks hachés XXL Charal. Et c’est la fête. Et c’est la bonne grosse pagaille arrosée sous le crachin nocturne. La débauche animale pleine panse et le rut des mâles après. Les têtons gonflés des femelles. Il y a de quoi faire. Tout est jeté. Tout repart plus tard de chez « C » vers le néant dans le grand camion et la déchetterie.
Conclusion de la réunion, dit le Bison pour clore l’entretien : pas de blanc sur les gondoles, pas de blancs laissés entre les produits. Chaque espace doit être occupé ; pour donner envie et ferrer le client proprement, sinon les carottes sont cuites et y’a plus qu’à mettre la clé sous le paillasson ou aller chez « U ». D’accord dit Nicolas plutôt crever. Fin du conseil de guerre.
Nicolas ne sait pas que le zombie qui se tient près du rond-point est en fait un auto-stoppeur et aussi un alcoolique privé de permis de conduire qui bosse chez auto-plus. Il faut bien rentrer chez soi après sa demi-journée de boulot, en attendant la voiturette et les loyers impayés..



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