Dans la réserve, Maurice s’active autour des transpalettes depuis cinq heures du matin, quand les camions qui passent devant chez toi te réveillent la nuit dans un tremblement et sont déjà repartis vers Bourges, le centre de la France maintenant désertifié comme partout. Petite halte en Touraine avant. Centre principal distribution ouest.
En début de mois, on installe les nouveaux produits. Les cartons sont disposées devant chaque rayon. Ils attendent les intérimaires pour la mise en rayon aux emplacements ad hoc. Au magasin « C », le positif est de retour. Chez « C », ça ne rigole pas. Les camions attendent et se poussent le cul. Les chauffeurs sont assez cool et demandent ou sont les chiottes en attendant que tout soit débarqué. Ils fument des cigarettes et causent avec les filles mains sur les hanches. Les intérimaires débarquent la marchandise sur les transpalettes automatiques.
Maurice, déjà 40 ans de boîte dans le rétroviseur à manœuvrer ses engins et voit les intérimaires d’un mauvais œil. L’heure matinale ne le rend pas aimable avec le bip bip des engins quand il recule. C'est-à-dire que ce vieux con écoutait peut-être Led Zeppelin en 1973. Sic transit gloria mundi. C’est Maurice : il sait pour qui il vote. Bientôt la retraite. Bientôt, il fêtera son départ. Après le verre de mousseux et la nouvelle tronçonneuse Husqvarna, tout le monde sera soulagé. Maurice pour le moment dans sa réserve c’est le roi du transpalette et le gardien des enfers. Même le Bison à peur de lui.
Flux tendu. Pas d’improvisation. La rage.
Tu avais déjà compris, je pense, dans un rapport tendu à toi-même.
Et tu ne voulais pas l’admettre ; ta naïveté. Ce n’est rien. Ton souvenir d’elle qui te pousse.
Ton cœur en proie à la délocalisation. Lol.
C’est à quoi tu penses quand à 9 heures moins cinq minutes, en plein milieu de l’allée : un citron tombé par terre cinq minutes avant l’ouverture du magasin est allé rouler sous la gondole des produits frais. Maintenant tu es allongé de tout ton long bras tendu et tu t’aperçois qu’il y a tout un petit monde gore là-dessous qui ne demande qu’à être exploré. Qui n’a pas été exploré depuis 1980.
Les caissières sont en place, alignées.
Vous êtes prié de dégager tous les cartons pour ne pas gêner la circulation et laisser manœuvrer les caddies. Vous êtes prié d’accélérer et d’aller un peu plus vite s’il vous plaît, les intérimaires. Toi qui trouves que jamais rien ne presse, c’est chaud.
Dix heures devant le magasin, déjà un océan de voiture. Samedi. Personne ne sait que la vierge est apparue ici en 1482 à un petit paysan de 13 ans. Même sa mère n’a rien su. Pas de calvaire aujourd’hui, juste un océan de voitures. On pourrait se noyer dedans. Parfois, ailleurs, dans des parkings, des enfants se sont perdus. La Bretagne encore un peu, l’été. Demain, c’est la rentrée et dimanche le pardon de Penhors. Tu aimes l’anonymat et tu aimerais que personne ne sache rien de toi.
Nouvelle interface. Nouveau flux tendu. Rien ne marche. C’est la merde à cause de toi et tu le sais très bien.
Éviter la confusion, dit Nicolas pour lui-même. Il se redresse en disant ça.
Remodelage de toute la boîte de haut en bas prévu pour 2012. Nouvelles peintures, on refait le paquet. Parce que ça ne va pas : il faut changer tout ça. Vous savez très bien de quoi je veux parler. Le Bison assiste à une réunion avec le grand chef de « C » pour toute la Bretagne tandis que tu ramasses ton citron. Il a peur de se faire remonter les bretelles par un jeune con comme Nicolas, par exemple. Retour à la case départ.
Dans la voiture, tard le soir, tu mets ça :
Dans la voiture, tard le soir, tu mets ça :
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